04 janvier 2008
17 - Redrum
Afin de se remettre de ses émotions, MoonSaucisse n’avait fait que dormir et manger durant une semaine entière. Kazigoine se tapait donc tout le sale travail administratif, celui pour lequel ils étaient payés : menus services au palais, maintien de l’ordre, sécurité.
MoonSaucisse était tranquillement assise dans la clairière et mangeait une tarte au citron meringuée plus grosse qu’elle. Elle en avait jusqu’au nombril.
« - Car l’AaaaaaahahahahamoUUUUUr ne connaît pas de limiteteteuteuteuteuteu…Oh oOOOOOoooooooooUIiiiiiiii nanananananaNANANANANA… Dis moiiiiiiiiIIIIIIIIII comment toi zet moiiiiiiiiiiiIII on iraaaaAAhahahaha là-baaaaaaaâââââh…
- La ferme tu chantes faux !
- Arrête Kazi t’es jaloux ! Eh mais !… » MoonSaucisse eut beau tourner la tête en tous sens, la clairière était vide. Elle appela à plusieurs reprises mais personne ne semblait lui tenait compagnie.
« - D’enfer ça recommence… Je vais demander à me faire interner à l’hôpital galactique ça va pas traîner…
- Ils voudront pas de toi, ils veulent pas d’déchets, jette-toi ! »
Cette fois, la justicière reconnut la voix. La même qui l’avait poussée dans le gouffre. MoonSaucisse ne cria même pas. Cela faisait quelques semaines qu’elle avait le sentiment de n’être jamais vraiment seule.
« - Qui qu’est dans ma tête et qu’est-ce que vous voulez ?! » La jeune femme s’était levée et regardait machinalement autour d’elle, bien qu’elle sût que l’entité n’avait rien de matériel. « - Je vous ai rien fait alors arrêtez de me harceler ! Vous êtes un esprit ?! » Pas de réponse. Mais elle sentait que la voix était toujours là.

Quand elle l’aperçut enfin, MoonSaucisse hurla. En tournant dans la clairière, elle avait fini par s’arrêter devant le miroir au-dessus de l’évier. Elle se glaça de peur. Le miroir lui renvoyait son reflet, mais aussi celui d’une bête hideuse, perchée sur son épaule gauche, les griffes enserrées dans la chair : une sorte de charognard noir au cou déplumé et à la tête d’une laideur indescriptible. L’animal n’avait pas une gueule mais un visage, un visage hideux, rose et ridé, aux cheveux gris hirsutes, avec un énorme bec en plein milieu. Ce visage, MoonSaucisse le reconnut aussitôt : c’était Martha Tinville.
« - NOM DE DHJIEU ! Mais c’est quoi ce bordel ?!
- Bah ouais petite conne, tu crois qu’on peut trucider les gens et vivre paisiblement derrière ça ? J’ai fait une demande pour te hanter le restant de tes jours et ça m’a été accordé ! Je serai toujours là à te faire chier, plantée dans ton épaule, personne pourra me voir et pas même toi ! A chaque instant de ta putain de vie tu te demanderas si je suis là ou pas ! Je me cacherai et je partirai des fois, sans jamais rien te dire et je réapparaîtrai et je te parlerai jusqu’à ce que je te rende cinglée, petite traînée ! Tu m’as zigouillée, moi qu’aimais tant la vie, maintenant j’ai l’éternité pour te le faire payer ! J’ai pas encore trop l’habitude mais quand je serai rôdée tu me verras même plus dans les miroirs… Tout ce que t’entendras c’est ma voix pour te glacer le sang aux moments les plus heureux de ta vie, MEURTIERE !
Quand tu boiras avec tes potes, je serai là, quand t’écouteras de la musique, je serai là, le soir je t’empêcherai de danser et je tarirai ton chant, quand t’auras le cafard je t’appuierai sur la tête pour te couler et quand tu seras avec ton mec, je serai encore là ! D’ailleurs tu m’as bien entendue quand je t’ai parlé du Chambellan. J’ai des dons maintenant, je vois tout et je vais te flinguer toutes tes putains d’illusions. » La voix termina par un horrible rire de crécelle.
Atterrée, bloquée, MoonSaucisse ne pouvait rien répondre à son fantôme, puisqu’il fallait bien l’appeler ainsi. Elle tenta de se tirer les cheveux pour se réveiller, mais l’odieuse apparition ne se moquait que davantage. La justicière se cramponnait au lavabo. Dans un accès de rage, elle courut chercher ses armes et s’assomma une bonne dizaine de fois en essayant de mettre des coups de marteaux au-dessus de son épaule. Au bout de plusieurs minutes de douleur, elle se rendit à l’évidence : il allait falloir vivre avec ça. Au fond, elle se savait coupable du crime dont le spectre l’accusait. Les griffes de l’oiseau de mort lui déchiraient l’épaule et l’animal semblait peser une tonne, physiquement ou moralement, MoonSaucisse ne parvenait plus à faire la différence.
Puis elle se rendit de nouveau devant le miroir, mais la Tinville savait désormais à peu près se cacher. La justicière s’y mira et vit que son propre regard avait changé, il était froid et beaucoup plus dur.
Depuis ce jour, il arrivait à MoonSaucisse d’apercevoir la Tinville au détour d’un reflet d’eau ou dans une vitre, quand l’odieux animal ne songeait pas à se dissimuler. Souvent aussi elle l’entendait. Ce fut le début d’une très longue collaboration, et ce malgré elle.
Commentaires
Tout juste sauvée de son trou et en proie à cette Martha Tinville. Mais elle saura bien trouver une parade.
J'adore la tarte au citron meringuée aussi. Avec de la meringue citronnée.
Continue ainsi
Bise :)
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