26 février 2008
20 - Where are you ?
Kazigoine avait rejoint le gîte en se traînant dans le petit matin. Pour le moment, il gisait sur son lit de camp, les deux pattes avant sous la nuque, les plumes du ventre à l’air. Il réfléchissait à la stratégie à adopter. La somme des coupables possibles était assez importante : des ados qui voudraient se désennuyer, des voisins saoulés par la proximité du camp, des parents rêvant d’en finir plus violemment avec leur progéniture… Mais pourquoi tout ce fric et quoi sur cette île ? Il ne pouvait se fier à personne. Il ne restait qu’une solution pour savoir qui lui avait fait ses deux jolis yeux au beurre noir : attraper le monstre. Vu la violence du coup de patte des marais, il allait falloir ruser.
Quand les ados sortirent enfin de leur dortoir (sur les coups de 16h30), Kazigoine fit le tour des chambres pour préparer sa sortie nocturne. Il ramassa divers effets, plus ou moins propres et plus ou moins collants, dont il aurait besoin pour son combat final. Puis il repartit s’allonger.

Le soir venu, Kazigoine se roula dans un feu de camp encore tiède. Ses écailles et ses plumes barbouillés de noir de fumée, il était prêt pour l’assaut. Il savait cette fois où le monstre allait débouler, il ne lui restait plus qu’à patienter pour le piéger. Il se tapit une dernière fois –espéra-t-il- dans les hautes herbes proches de l’île, en attendant son heure.
Le crocodile émergea encore une fois en barque, du centre du plan d’eau. Il était un peu plus tôt que la fois précédente, le soleil couchant illuminait le lac, ses rayons frôlaient la surface de l’eau, transformant l’étendue liquide en flaque de sang. Kazigoine frémit, le corps tendu comme une arbalète.
Lourdement, le monstre quitta son embarcation et commença à débarquer ses habituels sacs de billets.
C’est alors que le piège infernal de Kazigoine se referma sur l’animal ! Le crocodile mit à peine une patte sur le ponton d’amarrage, qu’il se vautra de tout son long dans une flaque grasse et collante de sébum d’adolescent récolté sur les oreillers du dortoir. Quand il le vit se débattant à terre, Kazigoine coupa une liane qui retenait son assommoir au plus haut de l’arbre voisin : une immense boîte de compote en conserve fondit sur le crâne de la monstrueuse créature des marais. On entendit un POC ! sourd et la bête pleine de compote plongea son museau inerte dans la flaque de gras qui éclaboussa vert. Enfin, l’inspecteur canard sortit son lasso, qu’il avait fabriqué comme il avait pu à l’aide des strings des filles piqués dans les armoires.
Le crocodile gisait donc là, la tronche dans le gras de cheveu, attaché par une corde en frous-frous multicolore, ses yeux jaunes fous maintenant en croix.
« - A nous deux saloperie ! On me pète pas la gueule comme ça à moi ! »
Kazigoine se doutait bien qu’il s’agissait d’un déguisement. Il tira sur le crâne de toutes ses forces. La peau molle se détacha à la base du cou, révélant un corps de croco en plastique creux.
Quelle ne fut pas sa surprise devant non pas un mais deux coupables ! Les deux lapins étaient montés l’un sur l’autre ; Clémentine sous Isidore était juchée sur des échasses. Kazigoine fut très énervé quand il vit qu’il s’était fait démonter le portrait par deux lapins ridicules qui passaient leur vie en salopette. Il grimpa lestement sur le corps de la bête composite pour étouffer les lapins et les forcer à parler.
« - C’est quoi ce travail, les guignols ? Kazigoine fit un bond sur place pour chasser l’air de leurs poumons.
- Rhâ ! On dira jamais rien, NIQUE LA POLICE JUSQU'A LA VICTOIRrrrrrha ! Kazigoine sautait maintenant à pieds joints.
- CA-SU-FF-IT-LES-CO-NNE-RIES ! A table les lapins ou je vous assaisonne à la luzerne !
- Bon ok je dirai tout… Mais descendez de ma cage thoracique par pitié ! »

« - On a commencé il y a à peu près six mois, quand l’Empire nous a sucré notre commission sur la vente des porte-clés. On en avait vraiment marre du boulot, marre des sales gosses, des balles au prisonnier et de ce trou perdu.
Le calcul a pas été dur. Nous on voulait du pognon, les pensionnaires voulaient se faire péter la tête à coups de substances. On a commencé à faire pousser de la beuh au milieu de l’île. Comme les gosses débarquaient avec pas mal d’argent de poche ça rentrait bien et le business marchait bon train, pas de flics, pas de contrôle, pas de parents, pas de docteurs, rien. Il fallait interdire l’accès à l’île alors on a inventé le monstre des marais. On a buté un ou deux villageois pour faire plus vrai, et puis de toutes façons y’avait toujours une ou deux overdoses à camoufler en agression. Je vais vous dire, on a fait ça pour le flouze, faut pas nous en vouloir. Regardez-les ces gosses de riches ! Tout ce qu’ils veulent c’est fuir la réalité, on les a un peu aidés, c’est tout.
- TA GUEULE ISIDORE ! Moi ces morveux je les déteste, je les HAIS je les vomis ! Les empoisonner ça a été un véritable plaisir et si c’était à refaire, je rajouterais du sac poubelle fondu à leurs pétards, GNA ! rugit une Clémentine les pattes encore attachées à ses échasses. »
Kazigoine coffra tout ce beau monde. Il fit une descente dans la chambre des mono-dealers, piqua le fric, en garda la moitié pour lui et jeta le reste dans le lac. Il repartit pour sa clairière, tournant le dos à la brochette d’ados hagards, bavant silencieusement devant le porche du Camp du Lac de Diamant.
Commentaires
20 épisodes !
Fêtons dignement le 20ème épisode de Kazigoine et MoonSaucisse !
Haha, je le savais. :)
Trop bon !
Suis juste étonnée qu'il n'ait pas bouffé les lapins...
Moi ca ne m'etonne pas.
Kazigoine doit être un grand carnivore !
Alors il (elle?) ne va pas manger un lapin qui ne mange que des carottes.
Les carottes doivent se mélanger au lapin et lui donner un gout immonde.
Zel => ben oui ! Alors cette nuit torride avec MoonSaucisse, mmh ?
Tinange + Salpuss => faut pas pousser !! Kazigoine est certes un très mauvais fonctionnaire mais pas au point de bouffer les prévenus ! D'ailleurs le séjour au fond de la brioche de Kazi est mille fois plus enviable aux geôles tranchaises, mais ceci est une autre histoire...
Goine > La nuit torride avec la So6, j'attends toujours. :P
Le Predator Spirit qui habite cet épisode est particulièrement jouissif.
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