03 mars 2008
21 - excès de Zel
MoonSaucisse était maintenant habituée à son grain personnel. La voix de la mère Tinville était devenue familière, mauvais génie local. Il arrivait parfois que le rapace s’absente pendant des semaines entières puis revienne d’un coup donner ses mauvais augures. Les deux esprits cohabitaient, celui de MoonSaucisse ne prenant à vrai dire que peu de place.
Cela faisait maintenant plusieurs jours que MoonSaucisse n’avait pas entendu Martha dans son crâne et elle se sentait bien. Elle se leva de bon matin, toute excitée de faire un tour à la Grand’ Foire annuelle. Le marché se tenait tous les jours sur la place du château, mais une semaine par an, les étalages prenaient un air de fête. Tous les marchands de la Galaxie se donnaient rendez-vous dans les rues pavées d’or du centre-ville. Les forains se mêlaient aux marchands et proposaient des centaines de tours plus astucieux et colorés les uns que les autres : cracheurs de vessie de porc, jongleurs de tomates, roues de la fortune, bonne aventure, chamboule tout, chamboule rien, plus gros mangeur d’oseille… On avait grand peine à avancer quand c’était la Grand’ Foire : animaux, humains et machins de toutes espèces se bousculaient dans les allées, les trottoirs débordaient de roulottes et les rares espaces libres étaient jonchés d’ordures. Une agréable odeur de saucisse-frites baignait le tout et les gens étaient à peu près heureux, du moins le pensaient-ils. MoonSaucisse cochait cette date d’une belle croix rouge dans son calendrier et Kazigoine fuyait la ville pour plusieurs jours.

MoonSaucisse avait passé la matinée à errer parmi les stands, se faisant exploser le bide à coup de barbe à papa (elle en avait plein les cheveux), pommes d’amour (son t-shirt collait), merguez (du gras dans le nez), tripes à la harissa (un coup dans les yeux tout à l’heure mais ça allait mieux elle pouvait voir maintenant). Au détour d’une allée, une portion du marché non encore explorée la fit s’arrêter net, donnant un coup malencontreux à une famille de canards qui alla valser dans le décor. Les banderoles attachées aux arbres roses et émeraude clamaient fièrement « Boulevard Du Cochon, Tout Est Bon ! » ; un dessin représentant l’animal hilare appuyait l’annonce.
« - Nom de d’là une foire au côchon et personne qui m’dit rien ! » pensa l’estomac de MoonSaucisse, positivement ravi. Elle avança donc gaiement parmi les cahutes et discuta plusieurs minutes avec chaque éleveur, flattant les croupes généreuses des porcins exposés.
Au bout d’un moment elle eut violemment soif. Elle se dirigea donc vers le stand « Saucisson du Sant-Etiève » (ne cherchez pas la logique). Un Renard fin et bien aimable tenait la boutique.
« - Ola du Goupil, je goûterais bien ton saucisson, et pis tant qu’on y est t’aurais un coup de rouge à boire ?
- Bonjour jolie mademoiselle ! s’exclama le renard, Goûtez donc ma saucisse c’est du tout fait maison, j’ai crevé le porc y’a pas deux semaines ! Et puisque vous êtes de belle humeur, j’ai le plaisir d’offrir un peu de ma vigne à vos charmantes papilles ! Alors, qu’est-ce z’en dites ma mignonne ?
- Oh ça qu’il est goûtu votre saucisson, et bien charnu avec ça ! Et pis le –SLURP- coup d’rouge vin dieu ça rappelle les ancêtres !
- Vous êtes donc de la campagne mademoiselle ?
- Ben heu ché pas mais sûrement… Je peux sentir le porc qui coule dans mes veines ! Oh et je peux goûter le gros jambon fumé là-bas ça a l’air sensass ?… »
La dégustation se poursuivit longtemps, arrosée de plus de coups de rouge qu’on n’en pouvait compter. Le Renard lui fit goûter tout ce qui se trouvait dans la roulotte, liquide, solide, gélatineux, vivant ou mort. Quand le soir vint à tomber, le rusé Renard (vous vous attendiez à quoi ?) fit sa proposition à une MoonSaucisse passablement cuite :
« - Et qu’est-ce que vous diriez, mademoiselle, de m’accompagner livrer mon impôt sur étalage directement au château ? Vous me feriez visiter puisque vous êtes du coin ! »
MoonSaucisse accepta de bon cœur et les voilà partis pour le château, bras dessus bras dessous, mains et pattes baladeuses.
Ils n’étaient même pas encore arrivés aux portes du palais que MoonSaucisse bascula violemment le Renard contre un réverbère et lui roula un patin saucisson-pinard digne des plus grands films romantiques. Le couple s’échauffait mais dut contenir ses ardeurs quand trois frères ratons laveurs passèrent à proximité. Il fut décidé d’un commun accord d’essayer d’attendre d’être à l’intérieur du château.
« - Tout de même MoonSaucisse ! Tu vas aller tromper le Chambellan dans son propre palais !
- CASSE TOI LA CONSCIENCE ON T’A PAS SONNÉE ! Et pis comme dit le proverbe : « Coucher avec un non-hominidé, c’est pas tromper ». »
Ce dialogue intérieur de MoonSaucisse eut lieu au moment où le garde de service regardait les papiers autorisant l’entrée du marchand et sa compagne. Ils furent introduits dans un vestibule pour attendre le Chambellan. Ils se sauvèrent dès que le garde partit pour appeler le percepteur.
Et les voilà à courir dans les couloirs en gloussant… Ils essayaient toutes les portes pour en trouver une ouverte, arrivaient dans de trop grandes salles, des couloirs ou des chiottes. Ils commencèrent à s’occuper sur le canapé d’un salon d’apparat mais durent fuir bien vite en entendant une dame d’atours arriver. Ils atterrirent enfin dans une petite pièce sombre aux volets fermés. Au centre trônait un grand bureau en bois massif : parfait.
Le Renard et la Saucisse commencèrent alors leurs ébats avinés, c’était très poétique. La pénombre occasionna de nombreux bleus de part et d’autre, le Renard se faisant griffer par les bracelets en tessons de bouteilles de MoonSaucisse, la justicière s’explosant le genou contre un pied de la table, croyant que ça faisait partie du Renard ; elle dut aussi quitter ses bottes à talons, trop hautes pour son partenaire et lui marcha sur la queue (« KHAÏE ! »). Les deux protagonistes défoulaient leur stress dans de saines occupations quand tout à coup, le Renard retourna MoonSaucisse, la faisant s’appuyer sur la table. Il s’apprêtait à achever son œuvre quand un rai de lumière éclaira sa compagne, mettant au jour son fameux tatouage de bas-du-dos en forme de grosse tête de clown qui tire la langue. Et là, ce fut le drame. Le Renard perdit tous ses moyens.
MoonSaucisse tenta bien d’insister mais ne put convaincre son camarade ; d’abord on pouvait les surprendre et puis si le Renard voulait se lever aux aurores le lendemain pour vendre sa charcuterie, il allait falloir qu’il se couche tôt ce soir... Le charme était rompu.
La justicière rentra chez elle moitié amusée moitié dépitée. Elle s’empressa d’oublier son Renard mais tous les ans son cœur battait la chamade à l’annonce de la Grand’Foire. Plus jamais elle ne regarda un saucisson de la même façon.
Commentaires
Du lard ou du cochon ?
Eh bien voilà j'avais promis à mon ami Zel le renard une nuit torride avec MoonSaucisse, chose promise, chose dute...
Hahahahaha !!!
...
Héh, mais pourquoi je rigole moi, saleté de Goine, c'est une honte !!! :-P
trop chaud !
Je suis toute émoustillée apres ce récit d'un érotisme torride, je ne verrais plus ni zel ni un saucisson de la meme manière.
ps : trop cool le tatoo de moon !
Zel => Eh eh ! Je vois pas où est le problème, hum... Tu vends pas ton propre saucisson des fois ?
Madame Suffrage universel => contente que ça te plaise, je vais aller me faire le même tatouage après-demain...
Pinaise, comment c'est abusé !
J'ai bien rigolé quand même...
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