27 avril 2008
23 - VOD
Ce jour-là Albrand le Pingouin était affecté à une mission qu’il haïssait un peu moins que les autres. Il quitta les glauquissimes quartiers de l’Empathique pour se rendre à son poste de la semaine dans la Salle de Contrôle. Il aimait la brillance des milliers d’écrans qui s’étendaient dans la pénombre. Chaque petite lumière qui clignotait montrait un panorama différent, voyage à peu de frais : latitudes exotiques, les quatre coins de l’Empire avec des planètes plus ou moins belles et plus ou moins habitées.
La lumière avait beau manquer, l’ambiance était toutefois loin d’être morose. A chaque fois qu’un Pingouin repérait quelque chose qui valait le coup d’œil, il appelait ses copains. Les supérieurs hiérarchiques ne passaient que très peu, la surveillance des planètes étant de pure sécurité ; nulle rébellion sérieuse contre les Gérontes n’avait été recensée depuis bien des années. Ainsi, dans la pièce immense, les écrans brillaient parfois seuls, à quelques pas d’un poste autour duquel au contraire les Pingouins s’amassaient comme des mouches, pour mater une bagarre, une jolie fille beurrée, une noyade ou un meurtre. Les vestiaires féminins des clubs de gym étaient les endroits les mieux surveillés de la galaxie.
Albrand pénétra donc dans la Salle de Contrôle et prit son poste, attendant qu’un copain l’appelle ou que lui-même tombe sur une scène de genre. Il n’avait jamais de chance, Albrand ; ça n’était jamais lui qui tombait sur les concours de vodka entre bimbos. Lui, avec son caractère effacé, acceptant tout de ses collègues, on lui réservait toujours les écrans des planètes à la con. La dernière fois qu’il était passé par là, il avait surveillé une planète encore fumante des effets d’une guerre civile nucléaire. Il avait observé un noyau tout sec et tout noir pendant cent-vingt heures d’affilée. Passionnant.
Aujourd’hui les copains d’Albrand étaient très occupés à essayer de deviner les règles d’un jeu extra-terrestre qui semblait très compliqué (une balle, un porc-épic, des filets de pêches et des petites louches, le tout au bord d’une falaise). Il s’installa en silence devant son moniteur. Au bout de quelques heures soporifiques, il aperçut enfin une scène qui pourrait peut-être attirer l’intérêt de ses collègues (qui ne s’entendaient toujours pas sur l’utilité du porc-épic). Il les appela en hurlant et gesticulant, priant pour que la scène dure suffisamment longtemps pour s’attirer la reconnaissance de tous.
Quelques minutes après, une trentaine de Pingouins se tenait les côtes auprès d’un Albrand triomphant de sa découverte. Tous riaient aux larmes et chantonnaient un air bête, se montrant l’écran de contrôle. Ils étaient ravis d’observer un puissant lézard vert dansant au centre du village d’une planète de demeurés rougeauds, au milieu de ses congénères ayant tous l’air plus crétins les uns que les autres. Albrand avait poussé le volume de sa machine à fond pour en faire profiter tout le périmètre. Le Pingouin jubilait intérieurement et en rajoutait des tonnes. Dans les couloirs, on parlerait longtemps de son Tranchais qui balançait ses pattes vertes de droite et de gauche, menaçant du regard et de la voix ses congénères amassés comme des bœufs…
Albrand riait et criait plus fort que les autres, les larmes aux yeux. Il devait essuyer le dessous de ce masque qui le gênait horriblement, se disait que enfin ce soir à la cantine on lui réserverait une place avec tous les autres… Il riait, gesticulait, imitait la bête, criait, en rajoutait… Et s’arrêta soudain, éberlué par un silence de mort.
Voyant tous ses collègues se décomposer et filer en vitesse vers leurs consoles, il ne comprit que trop tard. Au-dessus de son épaule gauche se trouvait non pas un Contremaître mais bel et bien un des Gérontes Eclairés. Ca n’arrivait qu’à lui.
« - Pingouin, qu’est-ce que c’est que ce… Truc ?!…
- J…Je pardon, je l’ignore, je… fais une recherche… »
Le masque déjà humide se transforma en piscine quand il afficha la fiche d’identité du lézard.
« - C’tun agent impérial Monsieur…
- QUI est responsable d’un MERDIER pareil ?!
- Je… Je fais mon enquête M’sieur… »
22 avril 2008
22 - Java (épisode en musique)
Le temps avait passé depuis la Grand’Foire de Tranche. Les rues étaient redevenues paisibles, les commerçants grincheux, les passants étaient amollis par le soleil de plomb qui faisait briller les palmiers émeraude.
Cependant, au centre du quartier commerçant, un attroupement s’était formé autour du rond-point central. Les badauds se massaient autour d’une toute petite estrade de bois. Tous écoutaient religieusement la forme verte étincelante au soleil qui parlait fort en se dandinant.
Sur sa caisse de bois, Kazigoine s’adressait à l’assemblée. Il parlait fort et en s’approchant un peu, on s’apercevait qu’il chantait sur cet air là : http://www.deezer.com/track/38393
[Intro]
[Couplet 1] Si vous bouffez des sacs de plââââtre,
Vous êtes fin mûrs pour le pychiâââââtre,
Si vous sucez des sacs poubelles,
Ca s’ra la mort accidentelle !
[Couplet 2] On veut sucer des dinosaures ?!
Seulement voilà ils sont tous morts.
Vous voulez bouffer des apôtres ?
Vous y mettez pas trop du vôôôôôtre…
[Transition] On va finir, c’est pas très classe,
Par absorber des tas de caillasse…
Vous voulez dire, vous zêtes pas fous ?!
Qu’vous voulez bouffer des cailloux ?!
[Couplet 3] Pour amadouer la populace,
Jvais rapporter de d’la caillasse.
Mais sans vouloir êtreu funeste,
Je vous préviens c’est point digeste…
[Refrain] Eh bah voilà c’qui se passe,
Quand on boulotte des cailloux !
Ca colle une de ces chiasses
Et ça neu nourrit PAS…DU-TOUT.
Vous zautres les Tranchais,
Gros dégénérés,
Faut vous donner la bécquéééééééééée !
Vous exagérez
On est pas gâtés.
Je va rendre mon tab’biller.
Eh bah voilà c’qui se passe,
Quand on boulotte des cailloux !
Ca nourrit pas des masses
Et puis vous en mettez PAR-TOUT.
[Transition : habile danse d’une patte sur l’autre de Kazigoine, puis retour au début : répéter le tout une seconde fois]»
Kazigoine remercia et tout le monde applaudit.

