09 janvier 2009
32 - Talweg

Cela faisait des mois que Kazigoine était coincé en taule. Pourquoi pas MoonSaucisse ? Parce que son esprit simple avait fini par s'accommoder à la prison pour de bon. Nombre de prisonniers réagissaient ainsi : une fois qu'ils avaient mis en place leurs petites routines de vie, si insignifiantes soient-elles, ils ne pensaient bientôt plus à l'enferment.
Kazigoine passait ses journées complètement plat. Non pas à plat, mais réellement plat, à plat ventre par terre. Ca lui arrivait déjà du temps de Tranche, il traversait des pics de dépression où il n'avait même plus envie de se nourrir ou de respirer. Il se couchait sur le sol, face contre terre durant plusieurs jours, les pattes écartées. Lors de ces crises, les Tranchais ayant un grief contre lui en profitaient souvent pour le piétiner, quand ils échappaient à la surveillance de MoonSaucisse. Tous les mauvais payeurs et les grilleurs de feu de la planète venaient s'essuyer les pieds dessus, jusqu'au jour où on entendait le fameux "SPLAT" de la queue du lézard dans la gueule du petit malin équilibriste ; signe que la fête du paillasson-zigoine était terminée.
Splinter finit par s'en inquiéter sérieusement. Il fit porter l'animal dans sa bibliothèque, afin qu'aucun détenu ne puisse abuser de la situation.
Cette fois, MoonSaucisse ne tenait pas la garde à côté du corps sans volonté de son ami. Elle était bien trop occupée. Notre héroïne s'amusait comme une folle avec ses camarades de zonzon, en particulier sa copine la bombe humaine. Bombasse et MoonSaucisse avait à peu de chose près le même âge mental, elles administraient des bites au cirage, piquaient les godasses des copains pour les remplir de dentifrice, crachaient dans le brouet, de vraies sales gosses.
Les mauvais coups avaient toujours lieu à la nuit tombée, alors elles dormaient parfois ensemble. Au fil du temps, elles finirent par passer toutes les nuits côte à côte, oubliant parfois d'aller piquer des godasses, s'endormant dans les bras l'une de l'autre. Une nuit que Bombasse ne parvenait pas à dormir, MoonSaucisse lui administra un massage très spécial qui la fit bientôt sombrer dans un profond sommeil. Les deux détenues eurent de moins en moins envie de dormir et explorèrent ensemble les diverses possibilités de somnifères qui s'offraient à elles. MoonSaucisse et Bombasse tombèrent peu à peu dans une félicité béate, ce qui empêcha durablement les détenus mâles de la prison de marcher tout à leur aise.
Ainsi abandonné, Kazigoine ne parvenait pas à se relever. Une nuit, il se traîna jusqu'au chemin de ronde, tout en haut du bâtiment, et fit le violent effort de pousser un détenu-lapin par-dessus le parapet. Cela ne lui procura pas une once de joie et il ne reconnut même pas cette saleté d'Isidore qu'il avait lui-même fait coffrer quelques mois auparavant. Cette fois, la dépression était carabinée.
Commentaires
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Envoûtant
Très belle écriture.
On dirait qu'il s'agit d'un texte "à clés". Est-ce une erreur d'interprétation?
Aurélien : va falloir attendre que Spielberg réalise "Kazigoine, le film" pour ça.
Pierre : merci ! Comme dit le Chapelier toqué dans Alice "Je suis plus ému que je ne saurais dire, on nous fait si peu de compliments !"
Bien entendu, c'est un texte à clé, mais je l'ai bouffée :)
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